Le monde du cyclisme a beaucoup changé

Tout au long du Tour de Luxembourg, Ben Gastauer chronique ses impressions de douze ans de carrière dans le quotidien

le quotidien du 16/09/2021

En douze saisons, j’ai pu m’apercevoir que le monde du cyclisme avait beaucoup changé. Tout est devenu beaucoup plus professionnel qu’avant. Par exemple, lorsqu’en 2010, j’ai rejoint AG2R, on n’avait même pas d’entraîneur. Aujourd’hui, ils sont quatre dans l’équipe. Il y a trois spécialistes de la performance. Il y a clairement plus de staff. C’est devenu de plus en plus encadré, professionnel. On voit également des jeunes qui nous rejoignent et qui sont tout de suite prêts. Tout le monde est poussé pour plus de performance. Lorsque j’étais jeune, ce n’était pas forcément toujours le cas.Il y avait davantage la notion de l’aventure. On allait chercher des idées à droite et à gauche, le milieu du cyclisme fonctionnait par habitude. Lorsqu’on partait en stage ou en course avec la sélection nationale, cela ressemblait quelquefois à une excursion. On avait même quelquefois à trouver six coureurs pour prendre le départ de certaines courses.

Du coup, j’ai appris le métier de coureur lors de ma dernière saison au centre de formation en 2009, puis l’année suivante en signant mon premier contrat. Je me suis rendu compte que j’étais passé pro sans être au maximum de mes capacités. Cela a bien changé lorsque j’observe aujourd’hui comment se comportent les nouveaux. Ils arrivent et ils sont prêts.

Avec ce phénomène, ces dernières années, cela m’a poussé moi-même à rechercher de nouvelles méthodes d’entraînement et à me remettre en question et à voir mes propres limites. Et là, je me suis rendu compte que personnellement, je ne parvenais plus à m’investir autant qu’un jeune. Pour des raisons familiales tout d’abord. Cela a créé un problème d’un côté, comme cela m’a poussé à aller plus loin dans ma remise en question.

C’est comme pour les entraînements en altitude. Pour un jeune coureur, cela paraît normal et logique de faire de tels stages. Moi, avant ces dernières années, je n’en avais jamais fait. Et les quelques stages que j’ai effectués ne m’ont malheureusement pas beaucoup apporté. J’ai laissé tomber. Pour un jeune coureur capable de gérer, c’est bien plus facile. Ils sont carrés avec la nutrition, l’alimentation pendant les courses. Personnellement, je n’ai appris à gérer ça que ces trois dernières années. Avant, je faisais comme je pensais. Aujourd’hui, même un junior sait exactement quoi ingérer en course.

Bien sûr, je pense néanmoins qu’on peut y arriver avec de vieilles méthodes, mais dans ce cas-là, il faut vraiment de la réussite, le niveau est devenu tellement dense. Je ne pense qu’il y ait aujourd’hui beaucoup de coureurs capables de faire des résultats en n’adoptant pas une attitude très professionnelle. Personnellement, l’apport des capteurs de puissance, des plans d’entraînements stricts à respecter, cela ne m’a jamais gêné, au contraire, j’ai trouvé d’autres repères.

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