le quotidien : Ces équipiers en mal de points

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WORLD TOUR: Beaucoup d’acteurs et d’observateurs constatent l’absurdité d’un système appelé à être réformé à l’horizon 2015.

De notre journaliste Denis Bastien

Ben Gastauer et Laurent Didier font aujourd’hui partie de la catégorie des équipiers qui peuplent et garnissent à profusion les équipes du world tour. Ils ne partagent pas seulement cette caractéristique de se retrouver en bas de la pyramide des salaires. Ils n’ont, également, pas, ou presque pas, de points world tour…

Ça ne peut plus durer. Mais ça va encore un peu durer même si hier à Montreux, l’UCI (Union cycliste internationale) avait réuni pour un séminaire de deux jours les équipes professionnelles du world tour, les organisateurs d’épreuves du world tour et trois représentants de coureurs : l’ex-pro Dario Cioni (Sky), l’actuel champion du monde Philippe Gilbert (BMC) et le local Johann Tschopp (BMC).

Luca Guercilena, le nouveau manager de l’équipe luxembourgeoise RadioShack-Nissan-Trek, a pu exprimer son propre point de vue (lire ci-contre). Il ne fut pas le seul et au-delà des formules de bonne intention («Le but était d’aborder les questions faisant partie des préoccupations quotidiennes des organisateurs et des coureurs. Au sein de la communauté sportive dans son ensemble on trouve de nombreuses idées et des pratiques exemplaires et nous avons réuni plusieurs experts pour un échange de points de vue. Tous ceux qui étaient présents au séminaire poursuivaient le même objectif : l’épanouissement du cyclisme. En nous unissant, nous sommes plus solides et nous avons la force d’agir pour assurer un bel avenir au cyclisme», a conclu Pat McQuaid, le président de l’UCI), il conviendra surtout d’attendre des actes.

Dans le même temps, cette même UCI, atteinte d’une grande agitation en ces temps incertains, a lancé hier la première phase de sa large consultation en invitant toutes les parties prenantes du cyclisme à lui faire part de leurs suggestions dans le but de bâtir l’avenir du cyclisme et d’aborder ses problématiques. Coureurs, équipes, organisateurs, fédérations nationales, sponsor, organisations antidopage et instances sportives auraient été sondés. Vaste programme réparti en quatre thèmes : la mondialisation, la lutte contre le dopage, les coureurs et le calendrier sportif. Bon, derrière les déclarations remplies de bonne intention, il est vraisemblable que la situation traîne un peu encore en longueur.

Car le monde du cyclisme s’accorde à constater que les réglementations actuelles nient que le cyclisme est un sport d’équipe et par voie de conséquence directe le travail des équipiers qui peuvent du jour au lendemain perdre leur travail pour manque de résultat!

Nouveau système pour 2015

Inutile de le cacher, Laurent Didier (RadioShack-Nissan-Trek) et Ben Gastauer (AG2R La Mondiale) ont été et restent concernés par cette situation. D’ailleurs, il n’est pas besoin de consulter le long listing du classement world tour 2012 où Ben Gastauer, avec un seul point obtenu, parvient au très officiel 142e rang, ce qui n’est pas le cas de Laurent Didier, aux abonnés absents.

Il suffit de constater qu’à l’intérieur même du Luxembourg, ces deux coureurs qui viennent de boucler à eux deux trois grands tours en 2012, ont si peu convaincu la presse sportive qu’ils n’ont pas obtenu une nomination au prochain gala annuel. Un exemple comme un autre qui démontre que le système actuel dénature complètement les performances de ces deux cyclistes confirmés, qui ont le malheur d’être cantonnés, dans la première division, aux tâches obscures.

Alors, cela changera-t-il un jour? Oui, Ed Buchette, vice-président de l’AIOCC (Association internationale des organisateurs des courses cyclistes) en sa qualité d’organisateur du Tour de Luxembourg, mais aussi membre de la commission route à l’UCI, serait enclin à le penser. «Dans notre commission route, commente Ed Buchette, on a déjà échangé sur le sujet. Et on vient encore de le faire récemment, lors de l’assemblée générale de l’AIOCC, cette situation doit pouvoir évoluer. Car ce n’est effectivement pas normal qu’un équipier ne reçoive pas de points lorsque son leader s’impose dans une course. L’idée pourrait venir de gratifier en points les coureurs du classement par équipes. De toute façon, si réforme il y a, on doit la finaliser pour le début de la saison 2014. Et en 2015, tout le calendrier international est appelé à être remodelé, un nouveau système de points sera alors de vigueur…» Enfin une lueur d’espoir!

«Des coureurs sont sacrifiés»

BEN GASTAUER sera en fin de contrat à la fin de la saison 2013. Et forcément, il aura besoin de points pour se monnayer…

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Ben Gastauer le sait, si la saison prochaine, à la même époque, sa situation reste inchangée, il lui sera compliqué de renouveler son bail avec son équipe AG2R La Mondiale, une équipe où il se sent pourtant comme un poisson dans l’eau.

«C’est un gros problème ce système de points, reconnaît-il. Et pour nous coureurs de World Tour, c’est même un très gros problème. Si on est considéré comme équipier, comme c’est mon cas, alors c’est très difficile de penser à soi. Des bons équipiers qui parviennent à marquer des points, ça n’existe pas beaucoup. Si on fait un super boulot, c’est pour nos leaders. Pas pour penser à soi. Pour le moment, cela apparaît difficile de faire bouger les choses et le système de points. Même si on sait que nos dirigeants le font, notamment Vincent Lavenu, qui interpelle souvent l’UCI à ce sujet, on reste un peu impuissants.»

D’ailleurs, il semblerait quelquefois que la communication passe mal. «Sur le Giro 2012, poursuit-il, on pensait que le classement par équipes comptait pour l’attribution de points alors que le règlement avait changé depuis 2011. Résultat, on s’est battus pendant la moitié du Giro en essayant de placer un maximum de coureurs au général. Pour rien. Quand on a appris ça, on était un peu dégoûtés.»

Mais le èglement est le même pour tous. Et toutes les équipes ont l’impératif, l’objectif avoué de rester, presque coûte que coûte, dans le world tour, la première division. Pour y parvenir, fin 2011, Vincent Lavenu s’était laissé tenter par la possibilité d’enrôler des coureurs bien dotés en points venus d’Asie. Comme l’Iranien Amir Zargari. «On a vu que ça ne marchait pas, note Ben Gastauer. Pour l’effectif 2013, nos dirigeants sont revenus sur des coureurs européens bien pourvus en points (NDLR : comme les Italiens Pozzovivo et Appollonio, le Français Dumoulin, le Colombien Betancur). La priorité d’une équipe comme la nôtre est de rester en première division, aussi, une personne a été embauchée chez nous, uniquement pour effectuer les calculs. Forcément, cela joue sur les recrutements puisqu’un coureur qui change d’équipe vient avec ses points. Pour nous, c’est un truc de fou. L’idée en soi du système actuel n’est pas inintéressante mais la distribution des points n’est pas bonne. Quand on boucle un grand tour, qu’on termine une grande classique, qu’on aide un leader à faire une bonne place dans le classement général d’un grand tour, ça devrait compter, pour nous, équipiers. Cette saison, j’ai fait le Giro et la Vuelta, deux grands tours que j’ai terminés et je n’y ai marqué aucun point. Je ne trouve pas ça normal.» Forcément, le sujet est souvent discuté au sein des équipes. «En fin de saison, on pense tous à ça et des bons coureurs sont sacrifiés», dit-il encore.

 

Retrouvez ici tout l’article publié aujourd’hui au quotidien

 

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